28/10/2013

La Biennale d’Art Contemporain de Lyon : un Fukushima culturel

Une vision  subjective mais néammois pertinente  de la biennale de Lyon par Nicole Esterolle










L’artiste new yorkais Roe Ethridge a bien voulu confier au curator suédois Gunnar B. Kvaran ses photos de vacances familiales pour en faire les  visuels, logos et affiches de la Biennale d’art contemporain de Lyon 2013.
Ainsi, la première image nous montre le visage de l’artiste avec un œil au beurre noir ; la seconde, le visage plutôt souriant d’un jeune porc  ; la troisième, une femme soufflant dans un bubble-gum ; la quatrième, une autre jeune femme  sans anomalie ou trauma apparents.

Le visage à l’œil poché sera donc  affiché pendant trois mois à tous les coins de rues, sur des milliers de panneaux publicitaires dans la ville, de telle sorte qu’aucun des un million trois cents mille habitants de l’agglomération lyonnaise ne puisse échapper à cette image d’art contemporain, pleine d’espoir, de douceur, de poésie, et particulièrement bienvenue en ces temps de dépression morale et économique généralisée.

Outre ce matraquage visuel au niveau local, des sommes colossales ont été affectées pour la communication de l’événement au niveau  national et international, et placer ainsi la ville de Lyon dans le top ten des villes les plus culturellement dynamiques de la planète.

Le journal le Monde, notamment, témoin toujours privilégié  des plus belles avancées de l’art de notre temps, a été l’un des premiers bénéficiaires de cette manne publicitaire avec un cahier spécial de 4 pages au centre de son édition du 13 09 2013. Il a publié aussi  ce quart de page dont je vous joins la copie, où l’on voit les 4 visuels sus-indiqués, en proposant à ses lecteurs de jouer avec eux à une sorte de « cadavre exquis » de haute tenue intello-d’Onan. (une bonne partie des textes des quatre pages centrales a été écrite par mon pote Harry (Bellet)… mais je lui pardonne, parce qu’il a su y rester calme, distancié et factuel, comme le merveilleux jésuite amateur de bon whisky qu’il sait être… mais que ne sait pas être sa collègue, Emmanuelle Lequeux, toujours au bord de l’épectase ou de la turgescence cérébrale fatale, dès qu’elle parle d’art ceptuel ou temporain .





France Info, France culture, France3, Télérama, etc… pour ne pas être en reste, sont également partenaires afin de  nous redire quotidiennement  les vertus de cette biennale qui s’affirme  donc surtout comme une énorme machine à médiatiser et  à se médiatiser d’abord elle-même… un média en soi et pour soi, comme une grosse hernie  d’autosatisfaction communicationnelle… d’où probablement la signification  de l’affiche de la fille au bubble-gum, comme on nous fait des vessies (de porc) que nous devons prendre pour des lanternes (culturelles). .. comme on nous fait par ailleurs des enflures spéculatives, parmi les multiples sortes d’enflures qui occupent le champ de l’art contemporain …

Et c’est pour cela que  les artistes, en tant qu’ éléments constitutifs de  cette construction frénétiquement communiqueuse, ont été choisis beaucoup plus pour leur aptitude à déclencher du commentaire sur eux -mêmes et sur l’évènement, que pour une éventuelle qualité intrinsèque ou pour une  mystérieuse, douce  et poétique évidence  qui rendrait muets d’émotion la plupart des chroniqueurs d’art, et réduirait à néant l’utilité de cette entreprise en tant qu’appareil  à  produire des mots,  du buzz, de l’effet Larsen, de l’acouphène, de la parlote entre collègues de bureau et de logorrhée journalistique.





Notre fringant curator international a donc parcouru le monde aux frais de la Princesse, pour trouver des produits hautement buzzants et communicatogènes, dont l’efficacité médiagénique se mesure à l’aptitude à la spectacularité, à la processualité, à la discursivité, à la provocation, à la transgression, au scandale, à l’interpellation, à l’agression visuelle, au « dérangement du bourgeois », au « bouleversement des codes, à l’«  l’exploration des limites », au non-sens, à la dérision, à l’autodérision, au cynisme, la morbidité, à l’obscénité, au dépressif, à la négativité,  à l’interrogation psychogène de tout et de n’importe quoi… Avec, en projet commun, ce permanent  et lancinant questionnement sociétal assez rase-motte, où chacun, sous prétexte de récit ou de « transmission », car c’est  là le mot – concept - fourre-tout, très  obsessionnel pour le  directeur de cette biennale : communiquer et transmettre à tous prix, mais sans savoir exactement quoi ni pourquoi, mais qu’importe du moment que ça fait du gros effet Larsen médiatique .

Dés lors chaque artiste y va librement de sa métaphore bien pesante, de son allusion bien téléphonée, de son illustration bien pop-braillarde, de sa « narration » bien streetarteuse, de son allégorie bien épaisse et de sa symbolique bien compréhensible (y compris ce brave pépé Gudmundur (Erro) qui y va de son Guernica irakien), bref, une sorte d’ art lourdement chargé d’un « message »sur les misères de ce monde,  très « engagé sociétalement » au sens le plus pâteux, confus, bidouillé, opportuniste, sournois, combinard et récupératoire du terme.

Et voici, pour preuve,  ce que nous disent les notices explicatives  concernant l’engagement ou « process » de quelques -uns des participants à cette biennale :
«Juliette Bonneviot nous raconte l’histoire assez simple d’une ménagère écologiste et des déchets qu’elle produit au jour le jour… Ian Cheng raconte des histoires a priori banales : un accident de voiture, une bagarre de rue ou une chasse au lapin… Karl Haendel revient sur la tuerie d’Aurora, pour aborder les notions d’envie, de fascination et de violence… Ed Atkins parle de la dépression, dans tous les sens du terme...Trisha Baga se situe entre le regard et l’investigation…Matthew Barney s’appuie sur la créativité provoquée par l’obstacle et la répression… Gerry Bibby interroge la notion même de « langage » artistique ... Dineo Seshee Bopape raconte des histoires qu’elle interrompt parfois avant leur terme, ajoutant au récit linéaire habituel le chaos esthétique…The Bruce High Quality Foundation aborde les notions de respiration, de psyché et de guérison… Jason Dodge témoigne d’un moment, celui d’un médecin et de plusieurs enfants qui ont dormi sur des coussins qu’il déploie dans l’espace d’exposition… Aleksandra Domanović raconte les blessures de l’Histoire, celles qu’on guérit par le déni collectif... Gabríela Friðriksdóttir aborde la question du crépuscule… Patricia Lenox compose un assemblage mural où se retrouvent un interrupteur et des câbles électriques … Ann Lislegaard s’inspire librement de la chouette artificielle de Blade Runner…Nate Lowman mélange les détritus de la culture pop avec ceux du langage quotidien… Václav Magid conçoit ses œuvres comme des projets d’exposition conceptuels visant à souligner certaines problématiques sociales et culturelles…Helen Marten se joue des systèmes de référence tenus pour acquis en proposant de nouvelles codifications des éléments du quotidien… Aude Paris  joue avec la figure fantomatique du zombie …Lili Reynaud-Dewar trace des perspectives obliques entre sa position d’artiste et celles de différentes figures mythiques du combat pour l’égalité raciale et des revendications identitaires…, Tom Sachs se consacre aux liens entre l’esclavage et le totalitarisme d’un corps humain perfectionné jusqu’à la désincarnation….





On voit donc, dans ces exemples,  que la note d’intention, le projet, la posture, le process, la recherche, l’exposé du problème, l’alerte, la question en soi, se suffisent à eux-mêmes, priment sur toute  réponse ou éventuelle  résolution, et d’une certaine manière l’oblitèrent. Car autant l’art véritable « ne cherche pas mais trouve » (comme disait Picasso), apporte des solutions apaisantes, calme le jeu, met en forme et transcende les douleurs, autant cet art faussement subversif de l’hyper- communication à vide, exaspère les tensions, attise les angoisses et les tensions sociales, exploite sans vergogne  les souffrances , etc. pour mieux  faire du buzz , qui ensuite génère  de l’argent. Et pensons,  dans ce registre du cynisme cattelanesque de haut niveau , à cet artiste international, dont les œuvres « dénonçant le pouvoir de l’argent » sont vendus à des prix exorbitants à des collectionneurs milliardaires… Il ne figure pas dans cette biennale, mais la plupart des exposants ont une homologie avec lui dans l’utilisation systématique de ce  principe de retournement  pervers du sens ( voir aussi plus loin l’histoire de Banksi )

Et nous sommes en effet confrontés ici  à cette logique ahurissante qui consiste à retourner la contestation  d’un système comme argument marketing en faveur de ce même système.
Et nous voyons ici des sortes de pèlerins de l’art contemporain, qui viennent à la Biennale comme d’autres au Vatican , à Katmandou ou à la Mecque, se raffermir la foi en l’art et en l’homme, pour mieux , ensuite, rouler de la mécanique intellectuelle, étonner les collègues de bureau, pavoiser socialement et se valoriser d’autant plus qu’ils pourront dire fièrement que tout était « complètement nul»…  conformément à ce même principe de retournement,  de négation positivante, ou de disqualification qualifiante.







Mais ce qu’il y a de plus terrifiant dans  ce grand guignol morbido-festif, dans ce Guiness book  des records de l’inepte rigolo, dans ce Barnum Circus des monstruosités artistico-ludiques, dans cette foire aux atrocités mentales à la portée de chacun, dans  cette fête à neuneu pour neuneux culturolâtres, etc , c’est la violence infuse, inhérente, consubstantielle à toute stratégie de com’,  faite au sens commun et aux valeurs partageables. Violence de l’œil poché, de la bulle qui va exploser, de la tête de cochon qui sera égorgé, de l’interpellation insultante et grossière faite au public par ces affiches. Violence gratuite  de la fausse énigme de ces images ostensiblement nulles, comme des rébus sans solution, sans contenu, sans humour, sans poésie. Violence faite à l’intelligence et à la dignité humaine avec ce slogan du Groupe Partouche qui est  l’un des deux casinotiers sponsors principaux de cette mascarade artistique: « La culture pour tous, partout, Partouche ». Violence du sentiment d’impunité devant cette financiarisation de la crétinerie ludique et de la vulgarité polychrome. Violence du sentiment de vertige devant une telle abyssale béance du sens. Violence de l’attaque au porte-feuille du contribuable pour payer cette promotion et cette valorisation du financial –art international.

Violence faite aux populations sub-urbaines avec cette opération au nom ridicule de « maisonveduta », particulièrement odieuse de démagogie, et qui consiste à placer des produits du grand marché spéculo-financier dans les foyers modestes de banlieue : L’esthétique des milliardaires à la portée des « petites gens », c’est ça , et je vous conseille à ce sujet de lire «  La violence des riches » , récent ouvrage du couple de sociologues, Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, (Editions Zone) sous-titré « Chronique d’une immense casse sociale », et où l’art contemporain est cité comme instrument d’assujettissement culturel, d’aliénation insidieuse, et « qui creuse la misère sociale en même temps qu’il fait grossir les grandes fortunes ». ...( sommet d’impudence récupératrice: on apprend qu’une famille de Roms a été invitée à participer à une sorte de performance)





Violence enfin,  faite aux responsables politiques qui n’en pensent pas moins, mais restent tous, terrorisés et tétanisés  devant l’ampleur et la complexité de ce phénomène médiatico artistico-culturel, qui a la  dimension exacte de la grande finance internationale auquel il est indexé, et sur lequel ils n’ont donc aucune prise, ni au niveau local, ni au niveau national. ( Voir le passage   furtif, en catimini et presque honteux, de notre Ministre de la Culture pour l’inauguration de cette Biennale).

 Alors oui, je crois qu’il est temps de dire ce dont il s’agit exactement, de s’extraire de l’hypocrisie, de démonter la supercherie, d’analyser les choses en amont de cette énorme imposture au service des réseaux de pouvoir et d’argent, devant cette cérémonie invraisemblable, où les pauvres exploités vont se prosterner devant les objets liturgiques voués à la  célébration des hautes vertus culturelles des riches exploiteurs , devant cette enfumage toxique qui brouille les pistes, qui injurie et se moque de tout le monde, qui fait pleurer de rage  les vrais artistes.

Il faudrait, chers collègues critiqueurs d’art, mondains, bénévoles, intermittents ou professionnels, oser  maintenant aller  au-delà des habituels commentaires d’un débilitant  anecdotisme,  dans le genre de ce que j’ai pu déjà entendre : « c’était beau, c’était pas beau », « c’était globalement nul », « j’y ai rien compris », « c’était mieux ou pire que la précédente », » c’était rigolo »,  « Même Restany n’y retrouverait pas sa bouteille de Whisky », «  J’y ai noté la présence de Madame Orlan et de Monsieur » ; « On a regretté que le cochon émergent sur la scène artistique internationale, de l’affiche, n’ait pu venir au vernissage », « Il paraît que le performeur de renommée international nippo-yémenite , Fukusama Benladen, qui a signé le récent tsunami ravageur des  côtes japonaises, a été interdit de vernissage », « « j’ai bien aimé l’homme  nu, assis par terre jambes écartées et en semi érection» (Photo jointe), « L’artiste dont l’oeuvre consistait à supprimer la partie gauche de la moustache du Directeur de la biennale,  pour protester contre la déforestation de la forêt amazonienne, a été injustement  écarté de la sélection », « L’artiste à l’œil poché à été félicité par Madame la Ministre de la culture, pour son courage intellectuel», « « mon beau-frère  a bien aimé », « je nique ton nar contanporin »,  « rien que des plaisanteries », ou bien, dans le meilleur des cas :  « je n’ai trouvé que 2 ou 3 choses intéressantes », etc. .. Oui, car même si l’on peut y trouver quelques œuvres qui sont de l’ordre de la vraie création artistique, par on ne sait quelle fâcheuse erreur de casting curatorial, il n’empêche que l’ensemble relève, à mon avis,  de la catastrophe culturelle majeure, que les dégâts résultants de  cette sorte d’empoisonnement  collectif des consciences sont considérables et peut-être irréversibles . .. Imaginez une Biennale du vin contemporain, où l’on arriverait, par la seule force persuasive de la pub, à faire  boire au public du vin du même tonneau que cet « art –là » … Imaginez  les ravages dans les tubes digestifs…à la mesure des ravages , beaucoup plus insidieux, que cet « art-là » fait dans les cerveaux et dans les cœurs…et pensez surtout aux milliers de jeunes vrais créateurs de nouvelles formes ainsi occultés, méprisés  et asphyxiés par cet enfumage médiatique au profit de tous ces  petits faiseurs opportunistes, formatés au « processuel discursif » internationaliste… Quel gâchis !

Et dites-moi si j’exagère, quand je vois cet événement comme un gros tsunami de stupidité qui s’abat sur la cité, comme un gros paquet d’art néolibéral dans  une énorme déferlante d’immonde  bouillasse noirâtre et puante, détruisant tout ce qu’il y a d’artistiquement et humainement honorable et vivant … Comme les flux financiers incontrôlés qui écrasent l’humanité.


Les chiffres de la Biennale
Le budget global pour cette édition 2013 est passé à 9, 25 millions d’euros, soit 30% de plus que la précédente… 44% de fonds publics et 56% de fonds privés , dont mécénat. 3,5 millions d’euros vont à la rémunération des 400 personnes mobilisées au moment de la BAC et aux salaires des 25 permanents. On


attend pour cette année, un peu plus de 200 000 visiteurs (y compris les scolaires de tous âges, amenés en force), soit 30% de plus qu’en 2011.

Soit au minimum 50 € le coût du visiteur, pour un billet d’entrée à 13 € en moyenne

Notons également que deux expositions successives au Musée des Beaux-Arts de Lyon, bénéficient de la même fréquentation, pour un budget 10 ou 15 fois moindre, et un tapage médiatique 100 fois moins important… mais il est vrai que le contenu artistique de ces expos ( comme celle de Joseph Cornell qui va avoir lieu du 18 octobre au 2 février ) est 100 fois plus dense et intéressant… Ceci compensant cela … Et heureusement qu’il existe encore des lieux comme le Musée des Beaux-arts de Lyon, qui restent dignes, qui respectent l’art et son  public et ne prennent pas ce dernier uniquement comme une cible marketing, qui font un vrai travail de développement culturel à long terme, et qui font honneur à la ville. (signalons aussi l’exceptionnelle expo Rouault au Musée de Fourvières et celle des Poirier au Couvent de la Tourette)

Car si les bénéfices  économiques et médiatiques, à court terme,  de cette biennale sont effectifs, les préjudices, à long terme, vont s’avérer considérables. Et il serait bien que les politiques, même si, pour l’instant, ils ne peuvent rien faire contre ce désastre, s’en rendent au moins un peu compte.
Car ces politiques savent très bien que  c’est une chance pour Lyon qu’il existe, à l’opposé de la morbidité de la Biennale d’Art Contemporain, la positivité festive et populaire (au meilleur sens de ces termes ) de la biennale de la danse, un moment de véritable bonheur, de plaisir du meilleur aloi, d’élévation de l’âme et de communion entre toutes les classes sociales.

 Nicole Esterolle


22/10/2013

"Between us", un espace à combler....



"Between us" , présentée à la Maac Bruxelles est une série d'oeuvres réalisées en collaboration avec deux artistes Mélanie Berger et Claude Cattelain. Deux univers différents se rencontrent pour faire oeuvre commune. Claude Cattelain est un artiste, protéiforme passant de la vidéo aux installations. Mélanie Berger travaille elle aussi, principalement sur le dessin et les installations

Le travail à quatre mains n'est jamais chose aisée, elle implique discussions, confrontations, équilibres entre chacun des artistes. Le titre choisi pour cette exposition "Between us" en résume bien les difficultés, les écueils mais aussi les complicités, les atomes crochus, les accords, les désaccords.

 Il ne s'agit pas ici d'une confrontation entre des oeuvres différentes mais bien d'un travail commun, de collaboration. "Between us" est un entre nous qui induit une complicité mais aussi un espace parfois infime qui se retraduit dans les travaux présentés , l'exemple le plus frappant est celui de ces deux moulés, corps à corps , rapprochement mais aussi, une légère séparation se marque dans les interstices de ce moulage.Séparation , différence que l'on retrouve dans les autres oeuvres présentées.







Ainsi cette vidéo écran partagée en deux, le même sujet, la mer et son horizon, chacun des artistes occupant la moitié de l'écran. Les niveaux différent sans cesse et ne tracent qu'une même ligne de façon aléatoire. La respiration de chacun des artistes provoque ces changements et l'horizon se met au diapason de chacune des respirations. Les variations des vagues, de l'eau renforcent cet aléatoire.

Une autre récurrence aussi, la boucle, la mer, tout en changeant d'aspect, ne cesse de perpétuer le même mouvement, le même balancement.





Il en est de même pour les autres vidéos présentées. Ainsi cette lutte avec un élastique, monté en boucle qui ne cesse de se répéter. Là aussi,  nous retrouvons cette notion d'écart, de séparation, dans cet espace laissé entre les deux mains.  Peut-on aussi interpréter cette vidéo comme une métaphore des relations hommes-femmes ? En effet , c'est la main de l'homme qui ne cesse de tendre et de lâcher l'élastique. 

Répétition charriée par cette vague de boue ou d'argile qui se boucle comme un mouvement perpétuel





Revenons à la vidéo des deux horizons, l'on retrouve ce principe de rythmique cassée où finalement, l'égalité ne se fait qu'à de rares moments, lorsque les points d'horizon forment une même ligne,l'espace d'un furtif instant. Là, il y fusion , en quelque sorte, une échappatoire à cet entre-deux... 

Valéry Poulet



Exposition BETWEEN US'Mélanie Berger & Claude Cattelain
04.10.13 > 16.11.13


Maison d’Art Actuel des Chartreux 

Rue des Chartreux, 26-28 

B1000 Bruxelles 
Contact : Nancy Suarez 
www.maac.be 
www.brucity.be 
Infos : + 32 2 513 14 69 
maac@brucity.be
Plan d'accès

Dans le cadre de Watch This Space #7 : Biennale jeune création
50° nord / Réseau d'art contemporain du Nord- Pas de Calais et de l'Eurorégion Nord





19/10/2013

De renaissances en renaissances: des Indes plurielles....

L'Inde, pays toujours entouré d'une aura mystérieuse, pays mystique, trivial, violent, pays des castes,  jouant le grand écart entre tradition et ultramodernité, pays de contradiction qui attire jusqu'à provoquer le syndrome de Stendhal ou alors la réaction contraire, envers un monde repoussant idolâtre, où pauvreté cotoie extrème richesse...  Europalia consacre sa nouvelle édition à ce pays. Plutôt que de traiter des nombreuses expositions, concerts, danses et autres manifestations... Transversales préfère se perdre dans les méandres de ce continent à travers des oeuvres exposées, anciennes ou contemporaines....












- En tant qu’indien je dirais que l’Europe est ce continent où l’homme est convaincu qu’il existe réellement ; où le passé s’appelle l’Histoire ; où l’on préfère l’action à la contemplation ; où il est admis communément que la vie vaut la peine d’être vécue ; où sujet et objet cohabitent en parfaite harmonie et deux illusions comme la science et la politique sont prises au sérieux. En Europe, on croit que la réalité ne cache rien, ce qui ne prouve pas qu’il n’y ait rien de caché.


                                                                             Alberto Moravia « “Une certaine idée de l’Inde”






Crois à l’amour, même s’il est une source de douleur.
Ne ferme pas ton coeur.
Non, mon ami, vos paroles sont obscures, je ne puis les comprendre.

Le cœur n’est fait que pour se donner avec une larme et une chanson, mon aimée.
Non, mon ami, vos paroles sont obscures, je ne puis les comprendre.

La joie est frêle comme une goutte de rosée, en souriant elle meurt.
Mais le chagrin est fort et tenace. Laisse un douloureux amour s’éveiller dans tes yeux.
Non, mon ami, vos paroles sont obscures, je ne puis les comprendre.

Le lotus préfère s’épanouir au soleil et mourir, plutôt que de vivre en bouton un éternel hiver. Non, mon ami, vos paroles sont obscures, je ne puis les comprendre.


Rabindranath Tagore "Le Jardinier d'amour"






Europalia Ansembourg © Sheela Gowda -
 Photo Marc Verpoorten - Ville de Liege



Shiva en tant que principe causal non divisible est vénéré dans le lingam. Ses aspects manifestés sont vénérés dans des images anthropomorphiques. Tous les autres dieux font partie d'une multiplicité et sont vénérés par des images. Shrî Shiva-tattva, Siddhânta.









"Que mon chant ait la simplicité de l'aube,   Du glissement de la rosée sur la feuille,
Desreflets dans les nuages,"
 Rabindranath Tagore 













"Une bulle sur l'eau vive,
Voilà ta vie qui passe !
Elle brille un instant, puis s'efface"

                                             Kabir






Le saṃsāra (संसार terme sanskrit signifiant « ensemble de ce qui circule », d'où « transmigration » ; en tibétain khor ba, ou Khorwa འཁོར་བ། ) signifie « transition » mais aussi « transmigration », « courant des renaissances successives »1














Mes yeux seront la chambre et mes prunelles la couche : 
Baisse, le jour de tes noces, le rideau de tes cils
Pour cacher ton amour et mieux gagner Son coeur ! "
                                                                     
                                                                  Kabir



Europalia Ansembourg © Sheela Gowda -
Photo Marc Verpoorten - Ville de Liège




"La vie, en Inde, a toutes les caractéristiques de l'insupportable : on ne sait pas comment on fait pour résister, en mangeant une poignée de riz sale, en buvant une eau immonde, sous la menace continuelle du choléra, du typhus, de la variole, et même de la peste, en dormant par terre, ou dans des habitations atroces. 

Piaus - I, 12 x 16 inches, 2006 © Atul Bhalla 


Tous les réveils, le matin, doivent être des cauchemars...



Europalia Palais Curtius © Navin Thomas

 Et pourtant, les Indiens se lèvent, avec le soleil, résignés, et, avec résignation, ils se trouvent une occupation : c'est une errance, à vide, durant tout le jour, un peu comme on en voit à Naples, mais ici, avec des effets incomparablement plus misérables. Il est vrai que les indiens ne sont jamais joyeux : ils sourient souvent, c'est vrai, mais ce sont des sourires de douceur, non de gaieté."
                                                                                  Pier Paolo Pasolini « l’odeur de l’Inde »












"l’Inde est une conception de la vie (…) : celle qui veut que tout ce qui semble réel ne le soit pas, et que tout ce qui ne semble pas réel le soit. Il en résulte une dévalorisation totale de la vie perçue comme une chose absurde et douloureuse, et la conviction que l’homme ne doit pas agir pour améliorer le monde, mais s’en dégager afin de s’unir à une réalité suprasensible, c’est-à-dire spirituelle. "
                                                                             Alberto Moravia « “Une certaine idée de l’Inde”







Nous regardions, assis sur une marche délabrée, faite dans ce matériau qui n'était que tendresse et vieillesse, autour de nous, ce monde de temples, quand nous fûmes distraits par une silhouette qui traversait le pré.




Elle s'approchait avec une assurance rapide : les jardiniers, autour, rares et paresseux, la regardaient passer avec déférence. 


                                                                                         Pier Paolo Pasolini « l’odeur de l’Inde »





“Mais ça me plaisait, à moi, d’étudier le cœur, ça me plaisait d’étudier ce muscle qui commande notre vie, comme ça. ” Il fit un geste de la main, ouvrant et refermant son poing. “Peut-être que je croyais y découvrir quelque chose. ”

Antonio Tabucchi "Nocturne indien"

















“Nous sommes tous morts, ne l’avez-vous pas encore compris ? Je suis mort et cette ville est morte, ainsi que les batailles, la sueur, le sang, la gloire et mon pouvoir : tout est mort, rien n’a servi à rien. ” 

“Non”, dis-je, “il reste encore quelque chose.”

              Antonio Tabucchi "Nocturne indien" 









Impossibility of being Feminine, 2006-2007 © Ravi Agarwal,
Galerie Espace / New Delhi.




De renaissances en renaissances....





















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06/10/2013

A Propos d'HYBRIDE II, Douai 2013








Les mots Hybride, hybridation, du terme latin “Ibrida” (“Bâtard”), se sont rapprochés du terme grec “hubris” que l’on peut traduire par “Excès ; qui dépasse la mesure”. Pour les sciences naturelles, l’hybride évoque deux assertions : une fécondation qui ne suit pas les lois universelles ou le croisement de deux espèces, de deux genres différents. La figure de l’hybride s’incarne dans l’anormalité et revêt une connotation péjorative.














En art, l’hybride rejoindrait donc la notion de “bâtard”. Sans refaire une généalogie de l’art et de ses développements historiques, la question suivante se pose : l’hybride participe-t-il de la construction d’un objet, d’un processus ? Les premières traces d’hybrides se trouvent, sous formes d’homme-animal, dans la grotte Chauvet ; ils appartiennent encore à un espace symbolique : en majorité, même répétitions stylistiques, même uniformité. Ils ne sont pas construits à partir d’éléments divers, voire hétéroclites, dans un registre de formes où l’emprunt, le mélange, la combinaison créent de nouveaux paradigmes.






Gilles Barbier (Traumatic insemination), 2010

“Que m’importe qu’une pièce d’Euripide soit ni tout récit ni tout drame ? Nommez la un être hybride, il suffit que cet hybride me plaise et m’instruise plus que les productions régulières de vos auteurs corrects tel que Racine et autres…” Lessing Phrase étonnante de ce fameux Lessing qui, à partir du “Lacoon” autonomise les disciplines ; l’œuvre porte en elle sa forme autonome, devient indépendante. Tout en définissant ces autonomies, malgré lui, Lessing ouvre la porte de l’hybride… En effet, les Romantiques déjà constèrent cette classification et cloisonnement des arts. Un grand bond en avant…. Prenons comme point de départ tout subjectif, habitus américano centré, le discours de Léo Steinberg qui utilise la notion de post-moderne en 1968, évoquant Warhol, les “Combine painting” de Rauschenberg qui explosent les dogmes modernistes défendus jusqu’alors par Greenberg ; fin de la pureté de l’art et de la spécificité de chaque médium qui prédominaient jusqu’alors. Début de ce qu’on appelait le Post-modernisme ? Une forme de libération, une nouvelle vision s’impose alors, une culture faite de fragments, d’agencements, de différences et de multiplicités, une culture de déterritorialisation, rhizomique pour reprendre les termes de Gilles Deleuze, le territoire s’affaiblit, devient moins stable, les libertés s’éprouvent…




                                   Vadim Sérandon  Porter sa croix

Mais prendre ce point arbitraire de repère ou de départ de l’hybride dans les arts plastiques n’est guère aisé, car les arts sont traversés dans toute période par cette notion, Elie Faure ne parlait–il pas d’art hybride pour l’art roman ? Chastel pour les “Grotesques” ? Ne parlait-on pas d’Art total concernant les opéras de Wagner ? Les Dadaïstes, notamment le Merzbrau de Kurt Schwitters annoncèrent et pratiquèrent aussi un art hybride fait de performances, de collages, bien loin du modernisme. Le mouvement Fluxus reprit à son compte les enseignements de Dada et annoncèrent le post-modernisme et ce débat interne à l’art américain fait abstraction, sans mauvais jeu de mot, aux réalités européennes (Spoerri, Ben, etc)... Il est aussi à relever que Rauschenberg doit pour beaucoup à Schwitters… L’esthétique de l’hybride est par définition polysémique, faite de strates, de mémoires… Elle se construit par des aller-retours entre passé et futur, il s’empare des interstices qu’offre la culture. Cette esthétique offre un champ élargi de l’art, créatrice et faisant coexister des lieux multiples de l’art et rejoint en cela le principe d’hétérotopie de Michel Foucauld. L’hybridation ne peut être identifiée comme un processus général mais implique une multiplicité de processus ayant chacun son propre fonctionnement. 

L’hybride comme nouveau paradigme de l’art L’hybride implique une logique de déplacement, de marquages, parler d’hybride pose l’évident problème de notre société. Sans revenir à la théorie du reflet, la problématique de l’hybride, du Post-modernisme, pose une relation particulière au réel. L’hybride ne peut faire abstraction de son adhérence au monde, d’autant que celui-ci dans sa prolifération effrénée ne cesse de provoquer cette hybridation. 



Guillaume ConstantinTANT QUE JE RESTE ICI, JE SUIS BIEN, JE SUIS ENSEcURITÉ


Revenons à Rauschenberg et au Post-Modernisme, changement de posture, changement de paradigme… La liberté est donc de mise a priori ! Certes, la théorie du reflet serait une régression. La problématique serait plutôt quelle avancée, quelle adéquation se pose face au monde ? D’abord que tout art porte en lui la possibilité de son impureté ! Certaines “avants-gardes” et certains de leurs protecteurs ne purent endiguer ce débordement. De nouvelles technologies, des supports plus poreux avec le monde ont donc pulvérisé cette notion de pureté de l’art et de ses catégories. 




Kata Legrady PINEAPPLE2008



Mais une question d’importance se pose. L’hybride contemporain n’émane-t’il pas d’une mutation du capitalisme, celui du libéralisme tel que nous le connaissons ? Nous n’en ferons pas ici l’énumération, mais notamment le rapport hégémonique des États-unis y est pour beaucoup ! Que faire donc de cette hybridation qui, a priori, semble une querelle américano-américaine mais qui s’est exportée jusqu’au vieux continent et par delà le monde par cette hégémonie jusqu’à en dicter ses lois ? L’hybride ne serait-il pas que de la poudre aux yeux ? Une affaire de gros sous ? Jeff Koons, Murakami, Cattelan… À moindre échelle, Orlan ose un procès à Lady Gaga pour plagiat, quelle ironie ! 
Orlan possèderait-elle le brevet de la self-hybridation ? 




                               Sophie Langohr NEW FACES2011-2012




Toujours est-il que nous sommes passés de l’ordre de la figure à celle du virtuel avec les nouvelles technologies, le numérique, le net art, la vidéo… Il y a un requestionnement et une redéfinition du champ de l’art mais celle-ci n’est elle pas américano centrée dans sa naissance ? Le happening, l’installation, et la réinterrogation des pratiques préexistentes sont contemporaines au modernisme.
Pour Bernard Blistène “le projet moderne réfute par sa dimension d’inachevé (…) toute forme de clôture”. L’art moderne et l’art contemporain ne cessent d’agir entre eux où l’art devient une pensée qui se détermine comme pensée de la diversité.




         Régis Perray     LE DUMPER ET LE CHARBON ALLEMAND2013


Quand un régime culturel se met au régime politique Toute création culturelle est à la fois un phénomène social et s’insère dans les structures constituées du créateur et du groupe social dans lequel ont été élaborées les catégories mentales qui la structurent. “Le propre de l’idéologie est d’imposer des évidences comme évidences. Le sujet fait corps avec les idées qui lui ont été inconsciemment transmises”. Pierre Bourdieu



valéry Grancher HK Epuphanie

Comme nous l’avons vu, l’hybride pourrait entrer dans le cadre de cette définition que donne Bourdieu de l’idéologie. Ne pourrions-nous pas envisager l’ “Hybride” comme une émanation idéologique du grand pays dominateur des années 60, les États-unis ? Que ce passage du modernisme au Post-Modernisme, mot utilisé par Léo Steinberg lors de sa fameuse conférence de 1968, au sujet de l’émergence, de nouveaux régimes rendant caduque le Modernisme. Il faut aussi remettre en exergue ce que l’on a appelé la fin des “Grands récits”. Mais ce concept d’art “hybride”, d’art bâtard, d’art impur a permis de formuler, de nouveaux modes de pensées, quid des “Cultural studies”, des mouvements contestataires, du principe de créolisation du monde chère à Edouard Glissant ainsi que son concept de “Mondialité” qu’il oppose au terme “mondialisation”. L’exposition Les Magiciens de la Terre en 1989 au Centre Pompidou peut en paraître un aboutissement.




                 Myriam Hequet      Installation, 2013

L’“hybride” peut donc apparaître comme une forme de coup d’état qui scelle l’hégémonie d’un pays sur le monde mais il ne faut pas être dupe que ce processsus d’hybridation n’est pas récent et traverse en réalité toute l’histoire de l’art. Le danger n’est-il pas non plus qu’échappant aux critères de jugements traditionnels, il ne sombre dans la répétition de lui-même ?

Valéry Poulet


Commissaires d’exposition : Carole Douay & Freddy Pannecocke Edition d’un catalogue d’exposition : 100 pages, 50 illustrations quadri. 5 € en vente sur le lieu d’expsitiuon et par correspondance au Smac. Auteurs : Paul Ardenne, Valéry Poulet, Carole Douay & Freddy Pannecocke




smacmail@orange.fr
http://smacmail.wix.com/
smacsite
SIte Hybride



Participants

Pierre Ardouvin,
Gilles Barbier,
Katia Bourdarel,
Simon Boudvin,
Jacques Charlier (Belgique),
Guillaume Constantin,
Philippe De Gobert (Belgique),
Carole Douay,
Sophie Dubosc,
Richard Fauguet,
Laurent Faulon (Suisse),
Marti Folio,
Jérôme François,
Yves Gobart,
Valéry Grancher,
Sophie Hasslauer,
Myriam Hequet,
Sébastien Hildebrand,
Sophie Langohr (Belgique),
Kata Legrady (Hongrie),
Claude Lévêque,
Carol Lévy,
Jonathan Loppin,
Vlad Mamyshev Monroe (Russie),
Frédéric Nguy,
Freddy Pannecocke,
Régis Perray,
Vadim Sérandon,
Nicolas Tourte,
Dimitri Tsykalov,
Amélie Vidgrain.
Exposants
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